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Les Républiques séparatistes : confettis de l’Union soviétique ?

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Le Donbass, actuellement ravagé par un conflit entre forces militaires ukrainiennes et des séparatistes prorusses, rejoint une liste de territoires ayant décrété leur indépendance sous influence de la Russie : la Transnistrie en Moldavie ; l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie en Géorgie et la Crimée. La plupart sont qualifiés de « conflits gelés » car leur situation a très peu évolué depuis la dislocation de l’Union soviétique.

Rép séparatistes Russ-02Le plus ancien conflit gelé de la partie occidentale de l’ex-URSS est le Haut-Karabagh. Ce territoire peuplé presque entièrement d’Arméniens a été rattaché en 1921 par le comité central du Parti communiste russe en Azerbaïdjan. Il a fait sécession en 1988, soit avant même la dislocation de l’empire soviétique et a été la première entité à remettre en cause les frontières internes de l’Union soviétique. Il se déclare indépendant en 1992 et un statu quo a été adopté au terme d’une guerre sanglante menée par l’Arménie. Ce conflit ne concerne pas la Russie qui ne s’en est pas servie comme moyen de pression sur l’Azerbaïdjan, à la différence des autres mouvements séparatistes.

En Géorgie comme en Moldavie les troubles séparatistes ont éclaté dès la mise en place des politiques de réformes et d’ouverture précédant l’implosion de l’URSS. En Géorgie, les populations abkhaze et ossète ont proclamé leurs souverainetés dès 1990. L’armée rouge est intervenue pour éviter un massacre de ces populations par l’armée géorgienne et depuis invoque la préservation de ces minorités pour justifier sa politique locale. En 2008 un conflit entre Tbilissi et l’Ossétie du Sud a entraîné l’intervention de l’armée russe.

En Moldavie, une bande de terre de 50 km de large sur 200 de long (11% du territoire moldave) a proclamé son indépendance en septembre 1990. Le conflit n’avait pas d’origines interethniques mais des motivations bien politiques. Les leaders sécessionnistes voulaient que leur territoire soit directement rattaché à l’Union soviétique, comme l’enclave de Kaliningrad au Nord de la Pologne, et refusaient un possible rattachement de la Moldavie à la Roumanie. Enfin, ce territoire concentrait la majorité des industries et structures de production du pays.

Dans ces deux cas, l’armée russe est intervenue afin d’imposer un statu quo entre les belligérants. Plus que cela, ces territoires indépendants de fait sont soutenus économiquement par des investisseurs russes. Sans le soutien économique russe ces territoires se seraient écroulés.

Aujourd’hui la Russie se sert de ces territoires comme moyen de pression sur d’anciens territoires soviétiques tentés de se rapprocher ou de l’Union européenne dans le cas moldave ou de l’OTAN dans le cas géorgien. L’Ukraine rentre à son tour dans cette logique.

Le cas de la Crimée est symptomatique : territoire stratégique russe depuis le XVIIIème siècle, il fut transféré administrativement à la République soviétique d’Ukraine en 1954 par Khrouchtchev pour commémorer le tricentenaire du traité de Pereislav et de l’ancrage ukrainien dans le giron russe. Le geste était symbolique, soixante ans plus tard, la Fédération russe réintègre manu militari ce territoire qu’elle considère comme sien historiquement, à la suite d’une escalade de pressions diverses pour empêcher Kiev de s’aligner sur les positions européennes occidentales.

La Russie accorde une attention très particulière aux anciens territoires soviétiques et voit toute tentative de rapprochement avec l’Europe ou l’Alliance militaire transatlantique comme des attaques dirigées contre elle – ce qui peut être effectivement le cas. Pour les empêcher de l’éloigner de son orbite elle a utilisé tous les moyens de pression à sa disposition : embargos économiques, pressions diplomatiques, soutien économique et politique de territoires sécessionnistes, menaces… jusqu’à l’intervention militaire.

Le Donbass s’inscrit dans cette optique de contrer la volonté ukrainienne de se rapprocher des institutions occidentales en paralysant son pouvoir central. Le soutien militaire au conflit au Donbass est à replacer dans une opposition russe à un rapprochement avec l’Union européenne et l’OTAN. En vingt ans Moscou aura tout tenté pour conserver Kiev dans son giron, en utilisant notamment l’arme du gaz dès son indépendance puis lors des crises énergétiques de 2005 et de 2008.

Le réel objectif du Kremlin est d’amoindrir le pouvoir central de ces Etats contestataires (à ses yeux) mais aussi de rappeler aux responsables politiques de l’Union européenne et des pays-membres de l’OTAN de sa force de frappe et de sa capacité de nuisance dans son périmètre immédiat.

Dans le cas du Donbass, la Russie aura-t-elle gagné son pari en déstabilisant durablement l’Ukraine à partir de ce territoire ?


Crédits photo : « Pridnestrovie, Tiraspol », © Pedro Vizcaino Pina, licence Creative Commons


Sources :

  • GERMAN Tracey C. et BLOCH Benjamin, « Le conflit en Ossétie-du-Sud : la Géorgie contre la Russie », Politique étrangère, 2006/1 Printemps, p. 51-64
  • GUENEC Michel, « La Russie et les « sécessionnismes » géorgiens », Hérodote, 2010/3 n° 138, p. 27-57.
  • LEVESQUE Jacques et al., La Russie et son ex-empire. Reconfiguration géopolitique de l’ancien espace soviétique, Paris, Presses de Sciences Po, 2003, 348 p.
  • PARMENTIER Florent, « La Transnistrie : Politique de légitimité d’un Etat de facto », Le Courrier des pays de l’Est, 2007/3 n° 1061, p. 69-75.
  • PETITHOMME Mathieu, « L’État de facto du Haut-Karabagh arménien : Entre démocratisation en trompe-l’œil et ethnicisation », Revue internationale et stratégique, 2013/1 n° 89, p. 30-39
Lou Bachelier-Degras
est diplômé du master recherche Sciences de gouvernement comparées de Sciences Po Grenoble. Il s’est spécialisé sur la Francophonie, la politique étrangère de la France, l’influence / soft power et les puissances émergentes.