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Le pétrole africain (1/2) : un potentiel pour l’Afrique ?

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Premier article d’un diptyque sur la situation du pétrole africain, entre chance et entrave pour un développement global de l’Afrique.

1. Le poids énergétique de l’Afrique dans le commerce international

Le continent africain est-il véritablement pauvre ? Cette question vaut la peine d’être posée au moins d’un point de vue énergétique. L’Afrique est le continent qui, avec l’Asie tirée par la croissance chinoise, a la plus forte croissance économique sur ces dix dernières années. Or, à la différence des pays asiatiques, les exportations des pays africains ne sont pas majoritairement constituées de biens et services marchands.

Le secteur énergétique est-il dans ce cas la clé de la croissance africaine ? Si l’on s’en tient aux chiffres et données, les combustibles et produits de l’industrie extractrice représentent 66% des marchandises exportées par le continent africain. Pour les seuls combustibles ce chiffre représente 56,9% du total pour l’année 2014, selon l’Organisation mondiale du commerce[1].

Les combustibles décrivent une grande famille de matériaux naturels tant solides (charbon) que liquides (pétrole, gaz naturel liquéfié) ou gazeux (gaz naturel) couramment utilisés pour la production d’énergies et dans l’industrie.

Pour ce qui est du pétrole brut, après différentes opérations de raffinage il est utilisé en carburants pour les transports, le chauffage urbain, la combustion dans des centrales électriques et est un composant essentiel industriel.

Elément central des économies modernes, il est la denrée fossile la plus soumise aux aléas géopolitiques. Les principaux pays producteurs de pétrole réunis au sein de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) contrôlent le tarif de vente du baril de pétrole. Dans ces conditions, ce qui peut fortement influer sur les cours du pétrole et entraîner une hausse brutale est une interruption brutale de production dans un petit pays producteur de pétrole comme l’Afrique en recèle.

Si le continent africain n’exporte que environ 10% du pétrole brut (non raffiné) mondial, son rôle dans la production totale d’hydrocarbures est stratégique. Il permet tout d’abord de diversifier l’approvisionnement mondial de cette ressource, ce qui évite pour des pays d’être totalement dépendant d’un seul fournisseur[2] et de sécuriser les approvisionnements. A la différence d’autres pays – comme pour les pays de l’OPEP, en Algérie ou en Russie – les conditions d’exploitation du pétrole sont fortement favorables aux compagnies pétrolières étrangères car le secteur n’a pas été nationalisé et des législations peu contraignantes ont été adoptées dans les années 1990 en échange d’apports financiers à des pays très endettés.

L’Afrique est donc devenue en quelques années une terre d’investissement pour les compagnies pétrolières du monde entier. La production de pétrole sur ce continent est d’ailleurs un enjeu pour les cinq premières compagnies mondiales de pétrole, les « Majors[3] », qui représentent 10% du pétrole produit et commercialisé dans le monde. Elles y extraient en moyenne un peu plus de 20% de leur pétrole. La part de pétrole produit monte même à 30% pour Total dont la présence historique, avec Elf, remonte à des concessions pétrolières obtenues dans d’anciens territoires français. Au-delà des majors ces dernières décennies ont été marquées par un fort investissement chinois dans le domaine énergétique, supplantant le taux d’investissement occidental sur ces dix dernières années[4].

En outre, la production africaine de pétrole est déterminante pour l’Europe – et en premier lieu la France qui en a fait la source prioritaire de son approvisionnement. Avec 2,3 millions de barils[5] importés en Europe d’Afrique par jour, elle est sa seconde source d’approvisionnement après la CEI, regroupant la Russie et les anciennes républiques soviétiques, et ses 4,7 millions de barils importés quotidiennement. Le Moyen-Orient n’est que sa troisième source avec un apport de 1,7 millions de barils/jour. Dans l’autre sens, avec 37,2% des exportations de pétrole en 2013, l’Europe reste le premier client en pétrole africain, devant le marché asiatique[6].

2. Un continent riche en pétrole…

Pays prod pétrole africains-01

Si le continent africain ne participe qu’à hauteur de 10% de la production mondiale de pétrole il faut rajouter les réserves de pétrole prouvées mais non encore déclarées. L’Afrique possède ainsi un peu moins de 8% des réserves mondiales de pétrole et est l’une des régions du globe dans laquelle on découvre encore le plus de nouvelles réserves.

La carte 1 montre qu’en fait un nombre important de pays d’Afrique extrait du pétrole de leur sous-sol. Certains pays comme ceux du golfe de Guinée sont d’anciens producteurs de pétrole tandis que des pays d’Afrique de l’Est comme le Soudan ou le Kenya peuvent démarrer leur exploitation pétrolière. Des réserves de pétrole ont ainsi été découvertes très récemment dans les eaux territoriales de Madagascar sans qu’il n’y ait eu encore le démarrage d’une exploitation.

La liste des pays pétroliers s’allonge donc – fait assez singulier dans le monde – à mesure que de nouveaux champs sont découverts. 30% des découvertes de champs pétrolifères trouvés ces cinq dernières années se trouvent en Afrique.

Si cette carte souligne le rôle structurant du pétrole dans la géographie politique de l’Afrique, la carte 2 rappelle que seuls 4 pays ont une production de brut dépassant les 1% du total mondial. Plus que cela, 84% de la production africaine de pétrole est assurée par 5 pays : le Nigeria ; l’Angola ; l’Algérie ; la Libye et l’Egypte.

Pays prod pétrole-01

Les revenus tirés par les pays producteurs sont déterminants et une baisse du cours du baril de pétrole peut avoir des conséquences contrastées pour leurs économies. Pour nombre de pays de cette région, les revenus du pétrole sont la principale source de recettes fiscales. Pour la République du Congo ou le Nigeria cela représente plus de 90 % des revenus du pays. Ces deux cas sont exceptionnels car pour la majorité des pays pétroliers africains, l’apport des ressources naturelles aux recettes publiques est inférieur à 40% – ce qui constitue cependant une part du budget déterminante ! Si l’on ne peut pas les qualifier tous d’économies de rente, il est sûr qu’il existe une forte dépendance publique à l’égard de cette denrée pour ces pays. Les situations peuvent évoluer rapidement, comme pour le Mozambique qui ne touchait en 2011 que 31 millions de dollars du secteur extractif [7] mais dont la situation devrait changer suite à la découverte de l’un des plus importants gisements de gaz naturel au large de ses côtes…


Sources :

  • LE LEUCH Honoré, « Le pétrole et le gaz naturel en
Afrique : une part croissante dans l’approvisionnement énergétique mondial », Géostratégiques n°25, 10/09.
  • Agence internationale de l’énergie, Africa Energy Outlook, OCDE, Paris, 2014, 237 p.
  • BP, Statistical Review of World Energy,
  • EITI, Rapport de suivi,
  • OPEP, Annual Statistical Bulletin, Vienne, 2014, 104 p.
  • OPEP, World Oil Outlook, Vienne, 2014, 367 p.


[1] OMC, Statistiques mondiales du commerce international 2014

[2] Comme élément de comparaison voyons le cas d’une partie de l’Europe fortement dépendante de la Russie pour son approvisionnement en gaz naturel. La crise ukrainienne a mis en évidence cette faiblesse stratégique pour tenir tête à Moscou.

[3] ExxonMobil ; Chevron ; Shell ; BP ; Total.

[4] La Chine a investi plus de 10 milliards de dollars dans le domaine énergétique – qui dépasse le pétrole et inclut d’autres investissements dans le domaine de l’énergie comme des projets hydroélectriques.

[5] Un baril de pétrole vaut 159 litres de pétrole et un baril par jour représente un volume de 50 tonnes par an…

[6] Notons que les courbes de vente de pétrole en Europe et en Asie se croisent : entre 2005 et 2013, la part de l’Europe dans le total des exportations de pétrole africain a baissé de 2,5 points quand dans le même temps elle augmentait de 17,6 points pour l’Asie.

[7] Sur un total de 765 millions de dollars.

Lou Bachelier-Degras
est diplômé du master recherche Sciences de gouvernement comparées de Sciences Po Grenoble. Il s’est spécialisé sur la Francophonie, la politique étrangère de la France, l’influence / soft power et les puissances émergentes.