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Ressources en pétrole et gaz en Méditerranée et Moyen-Orient

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Cet article traite de l’importance des ressources pétrolières et gazières du Moyen-Orient et des pays de la rive sud et orientale de la Méditerranée. Il retrace de façon succincte les différents enjeux géopolitiques qui se sont joués et se jouent actuellement autour de ces ressources. Enfin, il aborde la question méconnue, mais non moins cruciale, de la transition énergétique dans les pays de la région.

Photo du Capitaine britannique Keating
L’armée britannique au Moyen-Orient en 1941. Des fusiliers indiens en train de surveiller une raffinerie en Iran, le 4 septembre 1941.

Entre abondance et malédiction des ressources

Un espace riche en ressources

Le Moyen-Orient et les rives sud et orientale de la Méditerranée comptent de nombreux pays riches en ressources pétrolières et gazières, avec notamment l’Arabie Saoudite, l’Iran, l’Irak, les pays du Golfe, l’Algérie, la Libye ou encore l’Egypte. En effet, la région MENA (Middle East North Africa) dispose de 57% des réserves prouvées de pétrole de la planète et 41% des réserves prouvées de gaz naturel. Les pays producteurs de pétrole du Moyen-Orient et de la Méditerranée, conscients de leur avantage comparatif, se sont regroupés en 1960 au sein d’une structure commune avec la mise en place de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). Depuis sa création, l’objectif de cette institution est de peser dans le jeu diplomatique mondial en utilisant le pétrole comme une arme géopolitique. Afin de maximiser leurs intérêts ou influer négativement sur ceux d’un autre État, les pays de l’OPEP peuvent aussi bien décider d’augmenter ou de réduire leur production, jouer sur les prix ou encore décréter un embargo sur les ventes. Une telle structure n’existe pas pour le gaz, seul un Forum des pays exportateurs de gaz a vu le jour en 2001 mais il n’a jamais réussi à coordonner les politiques gazières de ses membres, par manque de volonté politique.

La malédiction de la rente

Par ailleurs, il faut être conscient que la rente pétrolière et gazière n’est pas toujours une aubaine pour un pays. En effet, la théorie de l’État rentier peut s’appliquer à bon nombre d’États de la région MENA. Ce paradigme suppose que le pays tire ses revenus principalement – voire exclusivement – de la vente de ses ressources en pétrole et gaz. Mais cette situation génère dans certains pays plus d’effets pervers que de bénéfices. C’est ce que l’on nomme la « malédiction de la rente » (Richard Auty). Les pays qui disposent de ressources énergétiques abondantes ont tendance à avoir un niveau de développement préoccupant et un indice de corruption plus important que les pays moins bien dotés en ressources pétrolières et gazières. En effet, l’État rentier est généralement indépendant politiquement de ses citoyens, car il parvient à acheter la paix sociale au moyen d’une redistribution des ressources de la rente. L’État capte la majorité des revenus et reverse seulement une petite partie de ceux-ci à la population, mais juste assez pour qu’elle s’en satisfasse et qu’elle ne remette pas en cause le régime. À l’inverse, il reverse une part plus conséquente de la manne énergétique à une minorité de la population, celle dont il a besoin pour assurer sa survie politique. Cette indépendance permise par la rente n’incite pas à mettre en place des mécanismes démocratiques et l’État rentier dans la MENA est généralement autoritaire, clientéliste et très inégalitaire. De surcroît, les effets pervers de ce système rentier ont été – en partie – à l’origine des revendications et révoltes qui ont émergé à partir de 2011 dans les pays arabo-musulmans.

Conflits énergétiques et importance stratégique

Un espace riche en conflits

Espace riche en ressources, la région MENA est aussi « riche » en conflits. Les ressources sont des sources de convoitises et expliquent de fait de nombreuses tensions internes, régionales et internationales. Dans l’histoire récente, la région a été convoitée pour ses ressources au cours de la Deuxième Guerre mondiale, de la Guerre froide, et continue de l’être aujourd’hui. Parmi les conflits les plus notoires ayant eu pour enjeu le pétrole ou le gaz, il est possible de citer la guerre Iran-Irak (1980-1988), l’invasion du Koweït par l’Irak (1990) ou l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis (2003). De même, le renversement du Premier ministre iranien Mossadegh par la CIA en 1953 répondait à la nécessité d’écarter un personnage qui souhaitait nationaliser les ressources pétrolières de l’Iran et mettre un terme aux intérêts britanniques et américains. Aujourd’hui, c’est l’ascension de l’organisation terroriste Etat islamique (EI) en Syrie et en Irak ainsi que le conflit en Libye qui portent en avant la question des ressources de la région. En effet, si aujourd’hui l’EI prospère, c’est parce qu’il a réussi à s’accaparer une partie de l’or noir irakien. La mainmise sur les réserves pétrolières lui permet d’en vendre et de disposer de ressources financières colossales. Ce sont ces considérations énergétiques qui expliquent que l’organisation essaye aujourd’hui de s’implanter en Libye. Dans cet Etat failli, les régions pétrolifères sont légion et convoitées par plusieurs milices armées qui luttent entre elles.

Un espace stratégique en déclin

Ainsi, le pétrole et le gaz confèrent à la région MENA une importance stratégique. Les lieux de transport des ressources – par les voies terrestres (oléoducs ) et navigables – sont de fait très protégés car ils constituent de potentielles cibles. Le détroit d’Ormuz, situé entre l’Iran et les Émirats Arabes Unis, est un espace maritime sous haute tension : c’est là où transite 40% du commerce maritime pétrolier mondial et l’Iran a menacé à plusieurs reprises de perturber la circulation dans le détroit. Le Golfe Persique, ouvrant sur le détroit d’Ormuz, a d’ailleurs été un théâtre d’opération lors de la guerre Iran-Irak et le transit du pétrole s’est vu complètement perturbé à partir de 1984 avec la « guerre des Tankers ». Les États-Unis disposent d’une base navale à Bahreïn – siège de la Vème flotte – afin de garantir le libre transit du pétrole et du gaz naturel liquéfié dans le détroit mais aussi dans l’ensemble des passages maritimes de la région. Si les États-Unis sont omniprésents au Moyen-Orient, c’est que la région est cruciale pour le bon fonctionnement de leur économie. C’est bien la question énergétique qui motive son implication dans la MENA. Il en va ainsi de la coopération avec l’Arabie Saoudite, régie par la signature du Pacte du Quincy (1945) qui octroie aux compagnies pétrolières américaines l’exclusivité de l’exploitation du pétrole saoudien en contrepartie d’un soutien militaire en toutes circonstances. Cependant, avec la redistribution des cartes énergétiques qui est en train de s’opérer, la région perd de son importance stratégique. Grace à l’exploitation du pétrole de schiste, les États-Unis sont devenus le premier producteur mondial de pétrole. Ainsi, ils seront de moins en moins dépendant des ressources de la MENA, alors qu’ils étaient jusqu’à présent un acheteur important. Ceci laisse présager une diminution des recettes pour les pays producteurs et un désengagement progressif américain du Moyen-Orient au profit de l’Asie Pacifique dans le cadre de la stratégie du « pivot » du président Obama.

Vers les énergies renouvelables ?

La transition énergétique nécessaire

Les ressources en pétrole et en gaz ne sont pas utilisables ad vitam æternam. La capacité de production ne pourra pas être éternellement assumée, c’est pourquoi les pays de la MENA sont progressivement en train de repenser leur manière de produire, de consommer et de vivre. Ces pays disposent d’un important potentiel de production d’électricité d’origine solaire, éolienne et houlomotrice et ils ont commencé à développer des projets en misant sur les énergies renouvelables. À titre d’exemple, l’Egypte produit de plus en plus d’électricité avec les ressources que lui offrent le soleil et le vent, l’Algérie développe le photovoltaïque, la Tunisie investie dans l’électricité hydraulique. Mais plus globalement, c’est un changement qui se note dans l’ensemble des pays de la région. La Ligue des États arabes a notamment adopté plusieurs projets pour favoriser l’efficacité énergétique comme le démontre l’adoption de la « Stratégie panarabe pour le développement des énergies renouvelables ». De plus, on peut s’attendre à ce que cette transition énergétique dans la MENA apporte de nombreux effets socio-économiques bénéfiques comme la diversification des sources d’approvisionnement, le respect de l’environnement et la lutte contre le changement climatique, le développement des investissements directs, la croissance et l’emploi. Des éléments non négligeables dans des pays où les taux de chômage sont très élevés et où la croissance est encore trop dépendante des revenus de la rente pétrolière, gazière ou touristique.

De l’importance du soutien de l’UE

Un des enjeux pour l’Union européenne à l’avenir sera d’accompagner la transition énergétique dans les pays de la MENA en finançant des projets ambitieux qui permettront de favoriser le développement des Etats de la région et un rapprochement entre les différents pays du pourtour méditerranéen, un espace historiquement et culturellement lié. Dans cette optique, une institution internationale, l’Union pour la Méditerranée, travaille sur la mise en place de projets bilatéraux et au financement de ceux-ci. Des initiatives comme Medgrid ou le Plan Solaire ont déjà été mis en place et devraient permettre de créer autrement de l’électricité dans les pays du sud de la Méditerranée ainsi que d’en exporter une partie vers l’Europe au moyen de lignes sous-marines à courant continu haute tension. Au XXIème siècle, la diplomatie économique de l’Union européenne ne peut se faire sans responsabilité. Les défis communs qui se posent aux pays du bassin méditerranéen notamment pour ce qui concerne les énergies et le changement climatique, doivent permettent une coopération renforcée entre l’Europe et ses voisins de l’Afrique méditerranéenne. Sans compter que le soutien à de tels projets permettra une plus grande indépendance énergétique de l’Union européenne, aujourd’hui activement recherchée avec l’Union de l’énergie.

Conclusion

Les enjeux liés au pétrole et au gaz ont traditionnellement été des enjeux de high politics, c’est-à-dire considérés comme vitaux pour la survie de l’État. A l’inverse, les enjeux liés aux énergies renouvelables sont généralement observés comme de la low politics, ou pour le dire autrement, d’un intérêt moindre que la high politics. C’est une réalité indéniable que le développement des énergies alternatives va, à court terme, prendre une toute nouvelle dimension et devenir un enjeu géopolitique de premier plan. Cependant, la région MENA constitue une exception en ce sens que la transition énergétique ne pourra réellement avoir lieu qu’à mesure que les pays de la région recouvreront une certaine stabilité politique. Et les évènements récents tendent plutôt à montrer que le facteur sécuritaire devrait occuper le haut de l’agenda politique pour encore un bon moment, au détriment de la question des énergies alternatives, pourtant cruciale.

Sources :

Ilyasse Rassouli
Ilyasse Rassouli est diplômé de l’Institut d’Études Politiques de Grenoble. Il travaille sur les transformations politiques, économiques et sociales dans les pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient au sein d’un think tank à Barcelone.