L’industrie de Défense : un atout pour la France

L’entretien et le perfectionnement du système militaire de premier rang est une condition sine qua non de la capacité de la France à intervenir sur la scène internationale. L’industrie de la défense est aussi intimement liée à la souveraineté d’un pays, car elle donne aux armées les moyens de remplir les missions confiées par le pouvoir politique. Elle permet ainsi de répondre aux besoins immédiats des opérationnels sur le terrain et de proposer des réponses technologiques liées aux évolutions de la menace.

Nos armées ont été, ces dernières années, fortement sollicitées et l’actualité nous montre que le niveau d’équipement de nos forces est un outil indispensable à notre autonomie stratégique.

Les investissements de défense dynamisent une économie et une industrie qui représentent près de 165 000 emplois industriels à forte valeur ajoutée et peu délocalisables, un réseau riche de plus de 4 000 PME qui irrigue l’économie des territoires. Voilà pourquoi le budget de la défense doit être appréhendé comme un levier de croissance et d’industrialisation, comme un élément de la solution et non du problème.

Son niveau technologique lui permet de proposer aux armées françaises des produits réalisés et produits en France, d’exporter pour plusieurs milliards d’euros des équipements et systèmes (hélicoptères Tigre et NH 90, missiles Milan, Hot, Exocet, sous-marin Scorpène). Force est de constater que la composante aéronautique et spatiale de cette industrie participe aux performances économiques de ces secteurs, dont la croissance de l’indice de production est l’une des plus élevées de l’industrie française.

Au-delà du volet économique et financier, les exportations de défense permettent de renforcer des liens de confiance entre États par des accords stratégiques, et de nouer des partenariats plus opérationnels ou techniques. Elles permettent de maintenir les lignes de production et de sécuriser les approvisionnements à un prix raisonnable.

C’est pour ses raisons que les prochaines lois de programmation militaire devront être à la hauteur de tous ces défis, car les multiples contraintes qui pèsent aujourd’hui sur le budget de la défense, réduisent ses marges de manœuvre. La préservation de nos armées, nos outils industriels, nos emplois et le maintien de compétences souveraines est fondamentale.

Elles devront recréer une relation de confiance avec l’industrie qui passera par le respect des engagements pris et par une sincérité budgétaire, corollaire d’une visibilité à moyen et long terme.

Il est donc essentiel pour l’industrie de défense française d’arriver à maintenir cette capacité du fait des menaces qui pèsent sur le budget national, et des difficultés de l’Europe à s’accorder sur une politique commune capable de faire progresser la BITD au niveau européen.

Trop de programmes ont été décalés ou réduits, tandis que des décisions importantes ont été reportées, avec un risque de rupture capacitaire : L’exemple des drones MALE, du renseignement d’origine image (ROIM), des capacités de détection aéroportées ou des capacités de la flotte aérienne de combat (rénovation Mirage 2000D) ou des capacités de manœuvre et d’engagement au contact des forces terrestres (programmes de familles de blindés multirôles VBMR et EBRC).

La composante R&D est tout particulièrement menacée. Pour une industrie de haute technologie, la baisse du budget R&T peut foncièrement remettre en cause sa capacité à réaliser les équipements nécessaires aux forces armées. La préservation du budget R&T est cruciale et son augmentation indispensable, car c’est à cette condition que la France conservera sa souveraineté, et apportera une contribution majeure à celle de l’Europe.

Enfin, il est évident que cette vision stratégique devra s’inscrire dans un cadre européen. En effet, les objectifs des 27 États membres de l’Union européenne divergent, et ne permettent pas de dégager un consensus pour bâtir véritablement une industrie européenne. Si l’Europe souhaite garantir sa souveraineté et peser sur la scène internationale et à conduire des opérations militaires dans le but de protéger ses intérêts, elle doit créer les conditions qui favoriseront l’apparition d’un marché des équipements de défense homogène. C’est pourquoi l’Agence européenne de défense (AED) doit disposer de réelles capacités budgétaires afin de conduire des programmes de R&T et de répondre à des besoins capacitaires exprimés par une majorité d’États membres.

En somme, l’industrie de Défense est incontestablement un pilier de notre économie. Elle est une richesse collective de la Nation. Mais, elle est confrontée aujourd’hui à un impérieux besoin de visibilité et de perspectives d’avenir : La France doit relever ce défi et vite !

Merry-Lène Laballe
« La véritable école du commandement est la culture générale ». (Charles de Gaulle)
Passionnée par le treillis et le camouflage : La géopolitique, la géostratégie, la stratégie militaire et les navettes spatiales embellissent ma curiosité.
Historienne en Histoire Militaire, Études de Défense et Politiques de Sécurité. Je suis diplômée de l’Université Paul Valéry de Montpellier / Laboratoire de recherche CRISES.
Mes travaux de recherches sont principalement basés sur les Doctrines militaires, la Politique de Défense européenne, la dissuasion nucléaire française et la Défense antimissile américaine.
Très impliquée dans la vie de la cité, je souhaite, à travers Mundeo, partager des clés de lecture et de compréhension autour des enjeux internationaux actuels.

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