Le Partenariat transpacifique (PTP) ou la domination en mer de Chine

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La Chine et les Etats-Unis entretiennent des relations complexes. Ils ont ainsi réussi à signer un accord bilatéral de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre, le 12 novembre dernier, augurant des coopérations inédites entre les deux premières puissances économiques mondiales.

Seulement, les relations entre Pékin et Washington sont loin d’être au beau fixe, surtout depuis que Barack Obama a décidé de réorienter les forces de son pays en Asie du Sud-Est et dans le Pacifique. L’élaboration d’un traité de libre-échange contournant la Chine n’est qu’une réponse parmi d’autres à un vaste plan destiné à contenir la montée en puissance de l’ « Empire du milieu ».

Les traités de libre-échange ne sont pas une nouveauté en soi, l’Union européenne étant construite depuis 1957 sur ce principe. Le but de ces traités est de faire disparaître les entraves au développement économique de partenaires, principalement les droits de douane, mais aussi en permettant un égal accès aux marchés des pays signataires.

Là où le PTP innove c’est que son enjeu ne se situe pas au niveau d’un allègement de taxes et de douanes – qui sont déjà très faibles – mais au niveau règlementaire. Des documents ayant fuité et ayant été publiés par Wikileaks[1] montrent que les entreprises américaines cherchent à réglementer tous les domaines de production (de l’agricole au pharmaceutique et à l’industrie) et de service. Selon les informations recueillies, des techniques d’opérations chirurgicales seraient même brevetées et les établissements médicaux devraient régler des commissions aux firmes pharmaceutiques en cas d’opération[2]… Autant dire que les Etats asiatiques ont de quoi négocier avec les Etats-Unis.

Un projet repris en main par Washington

A l’origine le PTP est un projet né de la volonté de quelques pays d’Asie et du Pacifique de s’allier face aux mastodontes économiques voisins : Chine, Corée du Sud, Etats-Unis… Initialement porté en 2005 par le sultanat de Bruneï, Singapour, la Nouvelle-Zélande et le Chili, ce partenariat est entré en vigueur en 2006. Ce premier traité ne rebattait clairement pas les cartes géopolitiques locales.

L’un des grands axes de la politique étrangère de Barack Obama est assurément un recalibrage des moyens déployés par les Etats-Unis dans le monde, en les positionnant sur les zones stratégiques à leurs yeux. On parle ainsi de « pivot asiatique », les Américains regardant de très près les agissements de la Chine en Asie et dans le Pacifique.

Dans une logique d’opposition au seul impérialisme chinois en Asie – qui crée maintes tensions maritimes et terrestres avec ses voisins – Washington s’est décidé à investir plus amplement le champ asiatique. Cela se passe par le renforcement de partenariats militaires avec ses alliés, la Corée du Sud, le Japon, ou encore l’Australie , et cela se caractérise, par exemple, par des démonstrations navales plus régulières dans l’océan Pacifique.

Dès 2009, la diplomatie américaine propose une extension de ce partenariat et lui donne une dimension mondiale. De quatre pays plus ou moins marginaux économiquement, le projet passe à une dizaine de partenaires : le Vietnam, la Malaisie, l’Australie, le Pérou, le Mexique et le Canada, et enfin, le Japon – qui était hostile au départ à ce projet. Ajoutons que les Etats-Unis ont aussi un accord de libre-échange avec la Corée du Sud.

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Cependant, la route n’est pas entièrement tracée devant ce projet. Ce traité touche à des secteurs sensibles pour plusieurs Etats – notamment les questions agroalimentaires au Japon – et même aux Etats-Unis pour des raisons de politique intérieure le président Obama s’est vu refuser, temporairement, une extension de ses prérogatives pour négocier ce traité avant la fin de son mandat… par son propre camp démocrate ! Les Démocrates craignant des conséquences néfastes sur l’emploi, Barack Obama a dû donner des gages au Congrès. Notons que le camps républicain est globalement favorable à cet accord et que Hillary Clinton, candidate démocrate à la présidence n’a dit mot à ce sujet, bien qu’en tant que Secrétaire d’Etat de Barack Obama ce soit elle qui ait mené les négociations jusqu’à sa démission en 2013.

Les manœuvres de Pékin

Pékin est-il resté sans réagir face à ce projet ? Difficile d’imaginer la première puissance économique mondiale rester de marbre alors qu’elle tente par tous les moyens de développer et renforcer son influence dans le monde.

Outre sa présence économique largement répandue en Asie du Sud-Est par le biais de ses délocalisations d’usines ainsi que par la masse de travailleurs chinois installés dans les pays riverains, la Chine s’est dotée d’instruments nouveaux afin de renforcer sa place de principal bailleur de fonds alternatifs aux Etats-Unis – et plus largement aux institutions dominées par les Occidentaux, faute de réformes, comme la Banque mondiale ou le Fonds monétaire international (FMI).

C’est ainsi qu’elle a annoncé récemment son intention de fonder une Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (AIIB). Au grand dam de Washington, les principaux Etats européens ont d’ailleurs annoncé leur intention de participer à ce projet.

Enfin, et parallèlement au projet américain, Xi Jinping (actuel président de la République populaire de Chine), a proposé l’étude d’un projet de traité de libre-échange Asie-Pacifique (FTAAP) concurrent – qui est une réponse du berger à la bergère. Le périmètre de ce traité engloberait l’ensemble des pays membres du Forum de la Coopération économique pour l’Asie-Pacifique (APEC), ainsi que la Russie.

Si le périmètre du PTP couvrirait 35% du commerce international et 30% de la population mondiale, le contre-projet de Pékin inclurait l’ensemble des pays-membre de l’APEC, soit 21 pays (comprenant la Chine et les Etats-Unis), 2 milliards d’individus et 60% de la richesse mondiale.

On le voit, Pékin ne reste pas sur la touche dans ce dossier et les Etats-Unis, s’ils veulent conserver leur leadership ont tout à s’inquiéter de ce projet chinois de libre-échange car, dans cette mondialisation le leader est celui qui édicte en amont les normes dans lesquelles se déroulent les échanges internationaux en aval.


Crédits photo : Alex.Ch, « One of the many of Singapore’s container terminals at night », licence Creative Commons


Sources :


[1] Wikileaks semble s’être focalisé sur les négociations de ce traité puisque Julian Assange, son fondateur, a offert 100 000$ à la personne qui pourrait se procurer le texte.

[2] Cf. « Libre-échange version Pacifique », Martine Bulard, Monde Diplomatique, novembre 2014.

Lou Bachelier-Degras
est diplômé du master recherche Sciences de gouvernement comparées de Sciences Po Grenoble. Il s’est spécialisé sur la Francophonie, la politique étrangère de la France, l’influence / soft power et les puissances émergentes.

One thought on “Le Partenariat transpacifique (PTP) ou la domination en mer de Chine”

  1. Bon article, mais pour les propositions concurrentes, il ne faut pas oublier de parler aussi du RCEP (Regional Comprehensive Economic Partnership), proposition sino-japonaise d’accord de libre échange incluant tous les pays de l’ASEAN + Chine, Japon, Corée du Sud, Inde et Australie, mais pas les Etats-Unis.
    Pour un prochain article sans doute !
    Bonne continuation !

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