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Le défi océanique

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« L’activité des hommes se tournera de plus en plus vers l’exploitation de la mer. Et, naturellement, les ambitions des États chercheront à dominer la mer pour en contrôler les ressources » (Charles de Gaulle)

Le 4 mai 2008, le Ponant, un luxueux yacht de croisière battant pavillon français, est pris d’assaut dans le golfe d’Aden. Pas moins de 30 otages sont retenus prisonniers pendant une semaine par un groupe de pirates somaliens. L’événement, véritable catalyseur, met le feu aux poudres : le nombre d’attaques du même acabit a tout bonnement explosé tournant 2009. Et, bien que la corne d’Afrique figure parmi les haut-lieux de la piraterie, les quatre coins du monde ne sont pas en reste : détroit de Malacca, golfe de Guinée, côtes de l’Amérique du Sud, mer des Antilles … Les actes de piraterie se sont multipliés jusqu’à atteindre, par leur nombre, une dimension inquiétante.

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La sécurisation des voies d’approvisionnements est devenue un problème sérieux de la mondialisation au début des années 1990. Le détroit de Malacca assiste le premier au renouveau de la piraterie maritime à la fin des années 1980, en raison, notamment, de l’explosion du trafic commercial, de la misère des populations riveraines et la déliquescence de l’Etat indonésien, incapable d’assurer la sécurité de ses eaux.

La mondialisation et la croissance de ses échanges apportent aux pirates un nombre et une variété de cibles toujours plus importants. En parallèle, la faiblesse du cadre juridique international entourant la piraterie pose un véritable problème. En effet, elle est mentionnée dans la convention de Genève sur la haute mer de 1958 mais de façon succincte[1]. La convention de Montego Bay de 1982 sur le droit de la mer reste, elle aussi, assez lacunaire. Enfin, la convention de Rome de 1988 n’a été ratifiée que par un petit nombre d’Etats (15) la rendant ainsi inopérante. Autrement dit, il n’y a pas de définition claire, unanimement admise par les États, afin de lutter efficacement contre ce phénomène latent.

Le contrôle des espaces maritimes et singulièrement des zones à risques par les États, reste pourtant la meilleure solution pour lutter de façon adaptée contre l’attaque des navires par les pirates ou des terroristes. La France, deuxième puissance maritime mondiale se devrait d’avoir un rôle prépondérant à jouer dans ce cadre. La force maritime est un enjeu majeur pour la défense du XXIe siècle. Elle permet de lutter contre le développement de la piraterie et d’améliorer la sécurisation des eaux. Il est donc indispensable de redéfinir les missions de nos forces armées. L’inaction, les vides capacitaires et les insuffisances juridiques des États ne feront qu’augmenter ces risques. La coordination des moyens économiques et militaires s’avère ainsi décisive.

Marine nationale : une puissance civile et militaire 

La France a la chance de posséder une zone économique exclusive considérable. Nous sommes le seul pays à assurer une présence sur quatre continents. Nous devons alors considérer pleinement la dimension planétaire et océanique de la France, afin de redéfinir sa place dans le concert des nations. Les défis qui nous attendent (piraterie, pénurie des eaux, accroissement des populations mondiales …) peuvent trouver leur réponse dans une exploitation maîtrisée des océans.

Dans un tel contexte, il est évident que notre Marine nationale sera appelée, au cours des prochaines années, à prendre une place importante pour répondre à la réalité géographique de notre territoire. La France est présente dans trois océans (Atlantique, Pacifique et Indien). Une présence qui, corrélativement, pousse la France à faire respecter sa souveraineté en protégeant ses ressources et en garantissant la liberté de circulation sur les mers. Une liberté ô combien menacée aujourd’hui …

Ce constat trouve, pour bonne part, sa réponse dans le renforcement la présence des navires modernes et performants, notamment pour les missions civiles. Notons que la Marine nationale s’appuie sur quatre grandes composantes :

  • La force d’action navale (12 000 hommes et 75 bâtiments de combat et de soutien dont le Charles de Gaulle). Les frégates, le groupe amphibie, les bâtiments de guerre des mines, les bâtiments de souveraineté et de soutien (ravitailleurs) et SHOM (Service Hydrographique et océanographique de la Marine).
  • Les sous-marins avec les quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins destinés à la dissuasion nucléaire. Les six sous-marins nucléaires d’attaque qui contribuent aux opérations de prévention, de projection et de protection.
  • L’aéronautique navale (200 appareils dont le Rafale et les Super-étendard ainsi que les Hawkeye  pour la surveillance aérienne. Les zones économiques sont surveillées par les Falcon 50 M (métropole) et les Falcon 200 (outre-mer).
  • Les groupements et compagnies de fusiliers marins et de commandos sont utilisés pour la protection des sites sensibles de la Marine (arsenaux et dépôts de munitions).

La France dispose donc d’une véritable marine militaire à vocation mondiale. Pour être à la hauteur de son ambition, la France devrait envisager d’accroître le nombre de ses équipements. L’élaboration d’une politique maritime ambitieuse et à la hauteur des enjeux que nous venons d’identifier est primordiale. Pour ce faire, il faut réfléchir à de nouveaux moyens de financement et à des coopérations nouvelles avec nos alliés et voisins comme la Grande-Bretagne et l’Allemagne par exemple.

Des objectifs doivent être posés pour renforcer les capacités de notre Marine et conserver notre rang de puissance militaire. La France doit mobiliser tous les moyens nécessaires pour relever ce défi océanique. Le Général de Gaulle avait pressenti, en son temps, l’importance future de l’espace maritime en créant en 1967 CNEXO (Centre national pour l’exploitation des océans), qui après sa fusion avec l’ISTPM (Institut scientifique et technique des pêches maritimes) donna naissance à l’Ifremer.


[1] Articles 14 à 22 de la convention


Crédit photo : Ministerie van Buitenlandse Zaken, prise le 5 février 2014, licence Creative Commons

Merry-Lène Laballe
« La véritable école du commandement est la culture générale ». (Charles de Gaulle)
Passionnée par le treillis et le camouflage : La géopolitique, la géostratégie, la stratégie militaire et les navettes spatiales embellissent ma curiosité.
Historienne en Histoire Militaire, Études de Défense et Politiques de Sécurité. Je suis diplômée de l’Université Paul Valéry de Montpellier / Laboratoire de recherche CRISES.
Mes travaux de recherches sont principalement basés sur les Doctrines militaires, la Politique de Défense européenne, la dissuasion nucléaire française et la Défense antimissile américaine.
Très impliquée dans la vie de la cité, je souhaite, à travers Mundeo, partager des clés de lecture et de compréhension autour des enjeux internationaux actuels.