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La conférence Paris climat sur le changement climatique

La conférence Paris climat COP21. Objectifs et enjeux.

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1. Etat des lieux

La conférence Paris climat COP21 réunira en décembre 2015 195 pays + l’Union européenne à Paris. La conférence Paris climat est aussi appelée « COP21 », car elle est la 21ème conférence des parties sur le climat depuis l’adoption de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) en 1992, un texte international sur le changement climatique adopté dans le cadre de l’ONU. Une Conférence sur le climat se tient environ tous les deux ans, sans pour autant qu’elle aboutisse à des enjeux contraignants, preuve de la difficulté de parvenir à un consensus général. La dernière en date s’est tenue à Lima en 2014.

Texte international de référence sur le climat, adopté en 1997 et entré en vigueur en 2005, le Protocole de Kyoto est lui-même le fruit des négociations de la COP3 de Kyoto (Japon). Il a imposé à 37 pays développés une réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) de 5,2% par rapport à 1990 pour la période de temps allant de 2008-2012. Par la suite, la conférence de Doha (COP18) (aussi dite « seconde période d’engagement du Protocole de Kyoto ») a imposé à ces mêmes pays une réduction de 18% de leurs émissions de GES avant 2020.

Ainsi, si un accord était signé à la COP21, il entrerait en vigueur à partir de 2020, c’est-à-dire après l’échance fixée à la COP de Doha. Les COP après la COP de Paris se chargeront de finaliser, avant 2020, les détails d’un éventuel accord à Paris.

Malheureusement, les deux premiers émetteurs mondiaux de GES, la Chine et les Etats-Unis, n’ont jamais ratifié le protocole de Kyoto. Le Canada, le Japon, la Nouvelle-Zélande et la Russie, après l’avoir ratifié, en sont quant à eux sortis pour ne plus être liés aux règles. Un des enjeux de la COP21 sera donc de faire en sorte que tous les pays-parties soient liés à l’accord sans risque que l’un d’entre eux ne décide d’en sortir. Plus que par la contrainte, tout porte à croire que l’accord sera respecté par les 196 parties s’il parvient à créer une prise de conscience collective sur les enjeux de la lutte contre le dérèglement climatique et s’il réussit à créer un consensus et une dynamique sur des objectifs partagés.

2. Enjeux

L’enjeu premier de la conférence sur le climat est de lutter contre le changement climatique et de contenir le réchauffement de la planète en dessous du seuil de 2°C. Mais d’où vient le changement climatique? Est-ce un élément naturel? Non! Selon le GIEC (Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, l’institution de référence pour les questions climatiques), le réchauffement climatique est lié à 95% à nos activités humaines. Le changement climatique est donc la conséquence de nos activités, et pour être plus précis, des émissions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère.

Ceux d’entre vous qui étaient sérieux lors des cours de SVT au collège doivent certainement s’en souvenir, mais pour le commun des mortels, faisons un petit rappel: les gaz à effet de serre (CO2) ont toujours existé dans l’atmosphère. Ils forment une couche tout autour de la Terre et ont un rôle de régulateur de la température de la planète en gardant la chaleur des rayons du soleil. Les GES maintiennent la Terre à une température moyenne de 15° C, et sans eux, il ferait froid, très froid sur Terre. Environ – 18° C! La présence de gaz à effet de serre est donc une bonne chose ! Oui ! Oui mais voilà: l’augmentation importante des activités industrielles a provoqué une hausse considérable des émissions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Et si leur présence est nécessaire, une multiplication de leur nombre contribue à garder plus de chaleur sur Terre, et trop de chaleur provoque des dérèglements climatiques.

Le réchauffement de la Terre a de nombreuses conséquences dramatiques : il fait augmenter le niveau des océans et des mers et certaines îles disparaissent et disparaitront (îles Vanuatu, îles Marshall). La France, puissance maritime, est particulièrement vulnérable avec ses nombreuses et merveilleuses îles que constituent ses départements, régions et collectivités d’outre-mer. Le réchauffement entraine une acidité plus forte de l’eau, ce qui menace la biodiversité et les écosystèmes, qui ont un rôle de régulateur des changements climatiques. La fonte des glaces se fait à une vitesse inquiétante et à ce rythme, notre doux et bien aimé Père Noël est menacé d’extinction, la surface de la banquise au Pôle Nord se réduisant considérablement. Le réchauffement entraine une multiplication des événements extrêmes tels que des inondations (inondations à Djibouti en 2013), des tempêtes (tempête tropicale Chedza à Madagascar en 2015), des tremblements de terre (Népal cette année) désertifications (comme au Kenya ou en Tanzanie). 

Ces dérèglements climatiques ont donc de lourdes conséquences sur les populations humaines. Le dérèglement climatique n’est pas juste une question environnementale, c’est un enjeu de civilisation. Notre Terre va-t-elle rester habitable ? Où se déplaceront les millions de réfugiés climatiques et comment seront-ils accueillis ? D’ailleurs, alors que nous connaissons aujourd’hui une crise des migrants importante, saviez-vous que le nombre de réfugiés climatiques est plus important que le nombre de déplacés à la suite d’un conflit ? Quand les ressources en eau et en nourriture se raréfieront, n’y a-t-il pas à craindre des affrontements entre les populations pour y avoir accès ? Et une augmentation de l’extrême pauvreté ? Et une mortalité plus grande chez les enfants ? Alors que se termine cette année la période d’engagement des Objectifs du Millénaire pour le Développement (2000-2015), il est crucial de se poser ces questions pour réfléchir à l’après 2015. 

C’est pourquoi, le premier objectif de la COP21 est de contenir la hausse de la température moyenne de la Terre à 2° C d’ici 2100.

Mais comment savoir si cet objectif sera atteint ?

Pour la conférence Paris climat 2015, chaque pays est tenu de rendre publique une « contribution nationale », c’est-à-dire son engagement de réduction des gaz à effet de serre pour 2030 par rapport a une année de référence (généralement 1990, mais dans quelque cas 2005). Pour exemple, l’Union européenne a adopté le « paquet énergie climat » pour 2030, avec l’objectif de diminuer de 40% ses émissions de GES par rapport à 1990. C’est la base de sa contribution. De nombreux pays ont à ce jour soumis leur contribution nationale et plusieurs autres doivent encore le faire.

Effectuer une synthèse du total des contributions nationales pour voir si, oui ou non, l’objectif de contenir la hausse du réchauffement de la Terre à 2° C d’ici 2100 pourra être atteint, constitue le deuxième objectif de la COP21.  

3. Lutte contre le réchauffement climatique et développement

De manière concrète, comment arriver à contenir le réchauffement climatique? Que faut-il faire? Pour le formuler de manière simple, il faut limiter l’utilisation de gaz, de charbon et de pétrole dans la production, car ces énergies dites « fossiles » sont à l’origine des émissions de gaz à effet de serre. A l’inverse, il faut chercher à développer les énergies renouvelables telles que le solaire, l’éolien, l’hydraulique, qui ne rejettent pas de CO2 dans l’atmosphère. Or, ce n’est pas simple à faire car l’économie est très dépendante des ressources fossiles.

Ceci dit, pour les pays développés, cette « transition énergétique » entreprise ou à entreprendre est moins difficile que pour les pays émergents ou les pays les moins avancés, et elle doit être mis en oeuvre de manière ambitieuse. Les « pays riches » disposent des ressources économiques qui leur permettent d’investir dans les énergies renouvelables, dont le prix à considérablement baissé au fil des années. Dans les les pays pauvres, où l’on peine à assurer l’accès aux soins de santé primaire ; où des maladies telles que le VIH/sida, le paludisme, la tuberculose et plus récemment Ebola, font de nombreuses victimes car l’accès aux soins est limité ; où la mortalité infantile est élevée ; où l’accès à l’eau potable n’est pas assuré ; où l’éducation primaire n’est pas assuré ; où les populations sont menacées par des défis sécuritaires (groupes terroristes, affrontements ethniques) et climatiques (sécheresses, inondations, etc.), le financement des énergies renouvelables n’est pas la priorité, et on le comprend. Les priorités sont ailleurs.

C’est pourquoi, si la lutte contre le réchauffement climatique doit être un effort collectif, elle doit aussi prendre en compte la situation des pays les plus pauvres qui ont été, pour ces raisons, exclus d’accords contraignants jusqu’à maintenant. Si les pays riches ne s’accordent pas pour fournir une aide au développement conséquente aux pays pauvres, mais alors comment espérer qu’ils puissent mettre en œuvre des mesures ambitieuses pour lutter contre le réchauffement climatique ?

C’était tout l’enjeu de la troisième conférence internationale sur le financement du développement qui s’est tenue à Addis-Abeba (Ethiopie) en juillet 2015. Le climat et l’aide publique au développement sont un seul et même défi, et le financement du développement est un préalable à la lutte contre le changement climatique. Penser le climat et le développement comme un seul et même objectif prend tout son sens quand l’on sait que les pays les plus vulnérables aux changements climatiques sont aussi ceux qui sont les plus pauvres. L’agenda de développement de l’après-2015 devra ainsi lier climat et développement pour engendrer des résultats conséquents. 

Proposer un financement ambitieux pour les pays pauvres et les pays en développement constitue ainsi le troisième grand objectif de la COP21.

A cet égard, un « Fonds vert pour le climat » à destination des pays en développement a été créé. Il est aujourd’hui doté de 10 milliards d’euros. Si cette somme parait coquette et en fait rêver plus d’un, à l’échelle du monde, pour un objectif aussi vaste que celui de la lutte contre le changement climatique dans les pays pauvres, c’est trop peu. L’objectif des pays riches est de doter le fonds de 70 milliards d’euros (soit 100 milliards de dollars) pour 2020. La France a contribué à hauteur de 1 milliard d’euros.

En 1970, les pays développés s’étaient fixés l’objectif de consacrer chaque année 0,7% de leur PNB à l’aide publique au développement (APD). Mais très peu de pays respectent cet objectif. La France ne le respecte pas malgré que cet objectif ait été énoncé par le chef de l’Etat François Hollande, et c’est un revers regrettable qu’il faudra mettre à son bilan alors que la politique étrangère française met en avant sa tradition de solidarité internationale. Ne soyons pas trop dur cependant, et observons les choses d’une autre perspective: la France est tout de même la 4ème contributrice mondiale (après les Etats-Unis, l’Allemagne et le Royaume-Uni) dans l’aide publique au développement en volume, c’est-à-dire en considérant uniquement la quantité d’argent accordée. Elle fournit 10% de l’aide mondiale, dont la moitié pour le continent africain.

4. L’action de la France sur le territoire national et à l’international

Que fait la France dans la lutte contre le changement climatique ? En plus de son aide publique au développement, la France a pris un ensemble de mesures pour atténuer le réchauffement climatique.

Dans le cadre de la loi sur la transition énergétique votée cette année, la France prévoit de réduire de 40% par rapport à 1990 ses émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2030. Un objectif calqué sur celui de l’Union européenne donc. Elle prévoit également d’augmenter la part des énergies renouvelables dans la production nationale d’électricité. Elle a adopté un alourdissement de la fiscalité carbone, afin d’inciter les émetteurs de CO2 à diminuer leurs émissions pour être moins taxé. Mais surtout, les recettes de cette taxe sont utilisées pour financer l’aide publique au développement. Et personne n’y échappe: ménages comme grosses entreprises.

La France prévoit également une utilisation plus importante des énergies propres dans la production du pays, dans la construction de logements, dans les transports. Elle travaille de manière étroite avec les entreprises, les collectivités territoriales et les associations civiles, pour béneficier des savoir-faire des uns et des autres et pour obtenir les meilleurs résultats.

Dans le cadre de la loi sur la biodiversité, la France a adopté le programme « 4 pour 1000 », qui entend protéger l’agriculture traditionnelle et les forêts. Mais alors, quel est le rapport entre changement climatique et agriculture-forêt me direz-vous ? Et je vous répondrai que l’agriculture et les forêts jouent un rôle majeur dans l’atténuation du réchauffement climatique grâce aux stocks de matière organique présents dans les sols, qui permettent de contenir les émissions de gaz à effet de serre s’échappant dans l’atmosphère.

A l’international, la France prend part au marché du carbone (EU-ETS) adopté dans le cadre de l’Union européenne et qui met en place un marché de permis d’émissions : chaque pays se voit imposé un quota d’émissions de gaz à effet de serre, si il le dépasse, il est sanctionné. Un Etat peut par ailleurs acheter une partie des émissions non utilisée par un autre Etat membre. La France soutient aussi l’ensemble des initiatives adoptées par l’Union européenne, l’ONU et tout autre organisme ou initiative qui plaide pour une prise de conscience plus importante de l’importance du réchauffement climatique.

Ce travail en étroite collaboration avec les acteurs locaux et internationaux, avec les acteurs étatiques et non-étatiques, c’est la « diplomatie démultipliée » (concept de Laurent Fabius) et c’est le quatrième objectif de la COP21 : englober tous les acteurs possibles dans la lutte contre le changement climatique.

Conclusion :

Le réchauffement climatique ne doit pas être réduit à sa simple dimension environnementale. C’est en enjeu géopolitique important, porteur de nombreux dangers pour la planète, mais aussi de nombreuses opportunités pour changer notre mode de production et plus globalement notre manière de vivre tous autant que nous sommes. La lutte contre le changement climatique doit être une responsabilité mondialement partagée. Un accord à Paris serait un pas prometteur contre le réchauffement climatique. Mais un premier pas seulement, car la réalité du changement climatique ne dépendra pas d’une feuille où seront aposées 196 signatures, mais des dynamiques dans le monde réel, des volontés mises en oeuvres par chacuns. Et pour les climato-sceptiques, méditez donc sur ce que mon proche ami, Ban Ki-moon, eh oui! a déclaré sur la lutte contre le changement climatique : « il n’y a pas de plan B parce qu’il n’y a pas de planète B ». 

Image: Pollution en Haïti. Source

Sources :

 

Ilyasse Rassouli
Ilyasse Rassouli est diplômé de l’Institut d’Études Politiques de Grenoble. Il travaille sur les transformations politiques, économiques et sociales dans les pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient au sein d’un think tank à Barcelone.